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Approvert-Bergeret, l'esprit d'équipe

Créé en 1972 à Escoubès, dans les Pyrénées-Atlantiques, le négoce de la famille Bergeret ne cesse de se développer. Son secret ? Une équipe soudée et des relations de confiance avec les agriculteurs.

Lorsque Jean Bergeret, alors agriculteur à Escoubès au nord de Pau (Pyrénées-Atlantiques), a créé son entreprise après la guerre, c'était pour vendre des matériaux de construction afin de rebâtir le pays. Comme il possédait un camion, il a commencé à rendre service aux agriculteurs voisins, en leur livrant les engrais et les semences dont ils avaient besoin. Puis il a assuré la collecte du maïs. Mais c'est en 1972, quand Jean-Pierre, son fils, a pris la suite, que l'activité de négoce a vraiment démarré, à la fois pour la vente d'intrants et la commercialisation du grain. Petit à petit, les Ets Bergeret s'équipent. Un premier séchoir et des cellules de stockage arrivent en 1976. Dans la foulée, ils ouvrent des points de collecte et d'appro aux alentours, à Sedzère et Coarraze, et augmentent leur capacité de stockage. En 1999, ils installent, dans leurs locaux d'Escoubès, un Lisa affilié à la centrale d'achats France rurale. À cette occasion, ils se donnent une nouvelle identité et adoptent le nom d'Approvert-Bergeret. En 2010, ils acquièrent encore deux nouveaux sites à proximité, à Sendets et Saint-Laurent-Bretagne, puis en créent un troisième à Lécussan (Haute-Garonne), à une centaine de kilomètres, où l'on cultive davantage de céréales. Ce dernier leur permet de diversifier leur collecte, auparavant à 100 % maïs, d'échelonner le travail sur l'année et de saturer les installations de stockage de juin à décembre, contre deux mois par an avec le maïs.

Travaux tous azimuts

« Depuis le début, nous avons toujours eu une dynamique de croissance, raconte Jérôme Bergeret, le fils de Jean-Pierre, directeur de la PME familiale, en charge de la partie appro et de la gestion des sites. Aujourd'hui, nous avons une capacité de stockage de 56 000 t. Nous possédons quatre séchoirs, dont un à Urgons dans les Landes, où nous avons passé un contrat de partenariat avec deux agriculteurs pour la collecte et le séchage de maïs conso et waxy. Notre capacité de stockage y est de 10 000 t par an. »

Quand Jérôme a intégré l'entreprise, au début des années 2000, sa mission était de la restructurer et la moderniser. « J'ai tout cassé, reconnaît-il. En 1999, nous avions démoli l'ancienne porcherie de mon grand-père, conçue pour recevoir 2 000 porcs. À la place, nous avons installé en 2005 un équipement de stockage d'une capacité de 10 000 t, avec un séchoir pouvant traiter 1 000 t/jour. Trois ans après, nous avons ajouté 10 000 t. » En 2010, un enrobé a été posé au sol pour faciliter le passage des camions. Puis en 2012, 2 M€ ont été investis dans un silo conique qui alimente automatiquement le séchoir 24 h/24, ce qui permet de sécher 1 200 à 1 500 t par jour. À cela se sont ajoutés six cellules de stockage de 500 t chacune, un système de nettoyage en préséchage, deux boisseaux d'expédition de 500 t et un deuxième pont à bascule à la réception des collectes, pour mieux gérer les flux de circulation. « Notre objectif est d'automatiser au maximum l'ensemble des tâches pour gagner du temps et simplifier le travail des salariés, précise le directeur. Tous les sites sont informatisés et reliés au siège. Nous avons une vision par caméra sur chacun d'eux, pour suivre les opérations en direct. » Et la PME ne compte pas en rester là. En janvier 2019, les tout premiers bureaux d'Escoubès, qui datent de 1972, seront rasés et remplacés par un nouveau pôle d'accueil et un laboratoire central pour l'analyse des grains. Et d'ici cinq ou six ans, l'entreprise compte aussi investir dans 20 000 t de stockage supplémentaires.

De plus en plus de céréales

Aujourd'hui, l'activité d'Approvert-Bergeret rayonne sur cinq départements : Pyrénées-Atlantiques, Landes, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne et Gers. Un déploiement qui lui permet d'augmenter sa part de marché, mais aussi de limiter les risques climatiques. Elle collecte 140 000 à 160 000 t de grains par an, dont 20 000 t de céréales à paille. « Il y a quelques années, nous étions 100 % maïs, poursuit Jérôme Bergeret. Depuis dix ans, avec la diversification de la Pac et l'extension de notre zone de travail, notamment au nord de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), la part des céréales augmente. Nous avons mis en place des contrats avec les agriculteurs pour la production de blés meuniers qui représentent 10 000 t de collecte par an. Depuis trois ans, nous développons aussi le maïs waxy, autour du site d'Urgons, pour des industriels de l'agroalimentaire espagnols. Cette production représente 12 000 t par an. »

Les ventes se font à 40 % sur le port de Bordeaux, 40 % sur l'Espagne et 20 % auprès des éleveurs et des fabricants d'aliments du Sud-Ouest. C'est Stéphanie Bergeret, l'épouse de Jérôme, qui est en charge de l'expédition du grain en Espagne et vers les usines, et de toute la logistique qui s'y rapporte.

Des clients fidèles

« Ce qui a beaucoup changé depuis quelques années, c'est que nous ne sommes plus obligés de démarcher des clients, note Jean-Pierre Bergeret, le PDG, en charge de l'achat et la vente des céréales. Aujourd'hui, ce sont les agriculteurs qui viennent à nous, car nous leur proposons de nombreux services performants qui sécurisent leurs revenus, mais aussi parce que notre entreprise est à taille humaine, réactive et proche de ses clients. »

Depuis plusieurs années, les agriculteurs peuvent ainsi mettre en place dès le semis un contrat de vente de leur récolte avec un prix minimum garanti. Ils ont ensuite six à huit mois pour fixer leur prix final et bénéficier des hausses éventuelles des cours. Une formule séduisante choisie par 70 % d'entre eux et qui permet à l'entreprise d'avoir une vision des volumes qu'elle aura à traiter, de prévoir le stockage, le séchage et la logistique nécessaires, ainsi que les ventes. « C'est précieux, lorsque l'on sait que, sur 120 000 t de maïs, 80 000 t sont ramassées en 60 jours, se félicite le PDG. Cette méthodologie nous permet de garantir un séchage très rapidement après la récolte et un maïs de qualité, sans mycotoxine. Tous nos agriculteurs sous contrat livrent sur rendez-vous et leurs grains sont séchés dans les 48 heures. »

Ventes et achats en ligne

Depuis 2017, la PME propose un contrat d'assurance récolte de groupe qui permet aux agriculteurs de se prémunir contre la tempête, la grêle, la sécheresse, les excès d'eau et la mauvaise levée des cultures. Dès l'an prochain, elle offrira aussi une aide à la gestion des parcelles et une assurance sur le prix de vente des récoltes. En 2012, elle a mis en place un site internet sur lequel les agriculteurs peuvent passer leurs ordres de vente. Celui-ci donne toutes les cotations des céréales et oléagineux et, 365 jours par an, une analyse des marchés rédigée par Jean-Pierre. Dès 2019, il sera rénové et les clients du Sud-Ouest pourront y commander leurs appros et les marchandises du Lisa qui leur seront livrés à domicile.

Le négoce, enfin, a été adhérent d'Agridis de 1998 à 2010 puis a rejoint le réseau Impaact en 2012. « Cela nous a permis d'élargir notre offre de produits et de proposer des gammes cohérentes et compétitives face aux grosses coops de la région, précise Jérôme. Nous vendons, par exemple, 6 000 t d'engrais et 12 000 doses de semences de maïs par an, ce qui représente 8 000 ha cultivés. » Par ailleurs, depuis dix ans, à la demande des agriculteurs, une station de mélange d'engrais est installée à Escoubès, ce qui permet de mieux gérer la matière première et de proposer des formules à la carte. Autant de services qui permettent aux Bergeret d'enregistrer une croissance régulière, « de l'ordre de 10 % par an, ce qui nous convient bien », commente Jean-Pierre.

Florence JacquemoudPhotos Laurent Ferrière
En chiffres

CA 2016-2017 : 27 M€ (prévisions 2017-2018, 32 M€) dont :

Clients : 500 agriculteurs.

Collecte : 160 000 t, dont maïs 120 000 t, blé 20 000 t, orge, triticale et avoine 12 000 t, tournesol, colza et soja 8 000 t.

Capacité de stockage : 56 000 t.

Débouchés : 40 % port de Bordeaux, 40 % Espagne, 20 % éleveurs et fabricants d'aliments du Sud-Ouest.

Effectif : 17 salariés.

Véhicules : 1 semi-remorque, 3 camions bennes.

« Je facture et je règle tous nos clients »

SOPHIE CEBERIO, agent administratif

«Depuis trois ans dans l'entreprise, je facture à nos clients les marchandises prises en magasin et je leur règle les récoltes de maïs et céréales qu'ils nous livrent. Le gros du travail a lieu fin décembre pour le maïs et les oléagineux, et en juillet-août pour les céréales. De janvier à mai, je me concentre sur la facturation des ventes de semences, phytos, engrais et outils. Je suis en contact avec différents collègues pour vérifier les quantités livrées ou achetées. Je suis à un poste où l'on bouge beaucoup, ça me convient bien. »

« Je roule 80 000 km par an »

DENIS JOUANJUS, chauffeur livreur

«Je suis entré en tant que saisonnier en 1987, pour la réception et le séchage du maïs, puis j'ai enchaîné avec la vente d'engrais. À l'époque, nous étions quatre salariés. J'ai ensuite passé le permis super-lourd, pour pouvoir être polyvalent. La plupart du temps, je vais charger le maïs à la ferme, pour le rapporter au siège ou le livrer aux usines d'aliments. J'apporte aussi les caisses aux champs et je livre les commandes d'engrais. En juillet, je passe trois semaines au dépôt de Lécussan, où j'aide à la collecte des céréales. Au total, je roule 80 000 km par an. Et pendant les périodes creuses, je fais de l'ensachage d'engrais et de la maintenance sur le matériel. »

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